L’Épée d’Obsidienne

En exclusivité et gratuitement, voici le prologue du tome 1 de la saga des Filles du Temps.

Bonne lecture !


Assis à son bureau entre ses innombrables piles de parchemins inachevés, il faisait tourner sa longue plume de faisan entre ses doigts. 

Une étrange sensation l’avait pris, hier au soir : un frisson, un mauvais pressentiment. Il avait passé toute la nuit ici à en chercher la cause, mais sans succès. Pourtant cette vibration malsaine persistait. La terre grondait, loin d’ici, vers le Nord. Il n’y avait pas de doute là-dessus. 

Et si jamais… 

Un mot s’échappa de ses lèvres : stenä ; et il lâcha sa plume. Elle ne retomba pas, retenue par une main formée d’un fin nuage de poussière dorée. Le vieil homme croisa les bras et laissa tomber sa tête sur le dossier matelassé de sa chaise. Son cœur battait furieusement. L’appréhension sans doute. La plume se trempa dans l’encrier marron et se positionna au-dessus de la feuille, prête à écrire. 

Il ferma les yeux et une décharge glaciale parcourut ses veines. La plume se mit à écrire aussi vite qu’elle put, alors que le vieillard se tordait de convulsions.

« La noirceur. Absolue et inquiétante.

Une grotte immense qui s’étend à l’infini. Un autre monde, souterrain, inaccessible, insoupçonné. Malgré l’air moite et nauséabond, une ville tentaculaire s’est développée. Sans doute compte-t-elle des dizaines de milliers d’habitants. Mais pas un bruit ne sort des ruelles. Rien ne laisse présager l’événement qui marquera la fin de ce monde. Et du nôtre. 

Ça y est. L’immense voûte sombre qui leur sert de ciel se met à trembler. Ces vibrations se font ressentir dans toute la grotte. Réveillés en sursaut par ces grondements terrifiants, les habitants accourent au dehors. Voyant le cataclysme, ils crient, ils hurlent. Ils ne savent pas où fuir. Le ciel s’écroule sur eux !

Soudain, dans un énorme vacarme, la voûte se fracture ; par cette cicatrice jaillissent d’immenses faisceaux lumineux d’un blanc flamboyant qui éclairent les parois mauves. De grosses pierres tombent du ciel et s’écrasent sur la plaine dans un lourd vrombissement. Un flot de neige blanche s’en écoule. 

Tous se masquent les yeux, aveuglés. Jamais ils n’avaient vu un tel éclat, plus puissant que n’importe quel feu. 

Déjà, les vibrations cessent. Une pluie fine s’infiltre par la fissure, dispersant la lumière en un sublime arc-en-ciel. Le peuple voit peu à peu sa peur s’effacer. 

Que s’est-il passé ? 

La voûte s’est déchirée. La lumière est venue. Rien ne sera plus comme avant. »

La transe du mage cessa soudain. La main translucide qui tenait la plume se dissipa sous un léger souffle de vent. Dehors, à travers la fenêtre, un éclair illumina la forêt. Une pluie fine se mit à tomber calmement. 

Le cœur encore vacillant, le vieil homme se redressa et relut le texte qu’avait écrit la plume à partir de ses pensées. 

C’était arrivé. Il n’y avait plus rien à y faire. 

Le ciel de Niilarhn était le sol de Venjèrn. Et il s’était fracturé. Les Niilans, ces êtres maudits, avaient revu la lumière du Soleil. Plus rien ne pourrait tempérer leur soif de vengeance. Et qui pourrait empêcher le chaos ?… 

Il soupira. Bien sûr, il allait devoir mettre la main à la pâte pour sauver cette pauvre terre. Bah ! Jamais il ne pourrait être en paix plus d’un millénaire ! 

Une latte de bois crissa soudain derrière la porte. Quelqu’un montait l’escalier. Le vieillard se releva en sursaut, faisant tomber sa chaise derrière lui. Il fit un geste ample de la main et une fine poussière luisante couvrit son bureau ; tous les parchemins éparpillés disparurent. Il ne resta plus qu’une pile de feuilles propres et bien alignées. 

On frappa à la porte.

— Le déjeuner est prêt, mon oncle ! dit une voix claire et enjouée. Dépêchez-vous ou ça va être froid !

— Oui, oui, j’arrive… j’arrive ! maugréa-t-il. 

Le mage se pencha pour relever sa chaise et la remettre à sa place. Il tendit la main et sa canne au pommeau sculpté en forme de dragon vint à lui sans un bruit. Il soupira bruyamment d’un air bougon et sortit à pas lents de la pièce. Faisant grincer le parquet, il marchait en s’aidant de sa main droite, alors que la gauche soutenait son dos voûté. 

 D’un claquement de doigt, la porte se referma derrière lui.

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