Le Sablier de Cristal

En bonus, voici le prologue du tome 3 🙂 Bonne lecture !!


Prologue – Un Aller sans Retour

Volcan d’Arakhien, Royaume du Sväldrahr.

Ses yeux se fermèrent. Dans la chaleur insoutenable du volcan, son souffle se ralentissait. La plaie béante au niveau de son abdomen versait toujours du sang. Sans doute était-ce à cause de l’adrénaline qui demeurait de son dernier combat, son ultime coup de bluff, mais sa blessure n’était pas douloureuse. 

Pour la première fois depuis bien longtemps, elle se sentait libre. Libre de toute haine, libre de toute jalousie. À bien y réfléchir, sa vie n’avait été qu’une succession de mésaventures. Chaque événement heureux s’était soldé par un échec encore plus cuisant. Enfin le Destin cesserait de jouer avec son âme comme un pantin damné…

Mais elle avait le vague souvenir que quelqu’un devait venir à son secours… Qui donc ? Tout devenait flou dans son esprit…

*  *  *

Sans un bruit, la porte de la chambre s’ouvrit. Ses longs cheveux bruns étaient battus par le vent de la nuit. Aurya n’avait même plus la fierté de masquer ses sanglots.

— Qui est-ce ? Je veux être seule ! s’exclama-t-elle sans se retourner.

Le visiteur s’invita tout de même et referma calmement la porte derrière lui.

— Je tiens juste à m’assurer que tu ne fasses pas de bêtise irréparable.

Aurya reconnut immédiatement la voix agaçante de Rhajohlin. Elle resta fixée vers le vide qui s’ouvrait devant elle. Le château des Nains, à bord de falaise, dominait toute la vallée. Il suffisait de se pencher un peu en avant, et tous ses problèmes seraient envolés…

— Laissez-moi partir… Rien ne pourra effacer ce qui s’est passé ce soir… J’ai perdu tout ce qu’il me restait : mon honneur, mes amis… Kaizan…

— C’est bien mal les connaître que de penser qu’ils ne te pardonneront pas cette nuit.

— Je le sais. C’est moi qui ne me la pardonnerais jamais… Mais ce qui fait le plus mal…

Elle eut un rire nerveux sans cesser de regarder au loin.

— C’est de savoir Kaizan dans les bras de…

Elle serra le poing et ne finit pas sa phrase. 

Le Dräkan s’approcha de la jeune femme et posa sa main sur son épaule. À ses côtés, il admira les myriades d’étoiles qui décoraient le ciel. 

— Je vois que tu n’as rien perdu de ta lucidité, c’est rassurant, fit-il non sans une certaine ironie. C’est pour cela que je viens te proposer un marché.

C’était le genre de phrase qui aiguillonnait la curiosité de la Niilane, il le savait très bien. En effet, elle se retourna vers lui en fronçant les sourcils. Son khôl avait formé deux longues traînées noires sur ses joues.

— Toutes vos manigances ne m’intéressent plus, sous réserve que ce fût le cas un jour…

— Attends de savoir ce que je veux te dire avant de me juger.

*  *  *

Dans les flammes tourbillonnantes du volcan, Aurya aperçut une silhouette lumineuse. Était-ce un ange ?

Rhajohlin ferma ses ailes et se posa près d’elle. Il remarqua le corps inerte du Soythi, mais il y avait plus urgent. Il s’agenouilla près d’Aurya, posa ses mains sur son abdomen perforé qui s’enveloppa de magie dorée. Il ferma les yeux et concentra son pouvoir.

— Ah ! Le bougre n’a pas plaisanté avec toi ! marmonna-t-il les dents serrées. Tiens bon, Aurya !

Le prince dräkan déversa en elle des flots de magie. Mais rien n’y faisait. C’était comme si le corps de la jeune femme refusait ces soins.

Jamais il n’avait échoué à guérir quelqu’un qui n’avait pas encore passé la frontière de l’autre monde, et cela ne pouvait commencer aujourd’hui. Il avait trop besoin d’Aurya. Pourquoi elle ? Pourquoi maintenant ? Sa faiblesse ne pouvait pas être que due qu’à la chaleur du volcan et à sa récente téléportation.

Le pouls d’Aurya ralentit. Entre ses lèvres sèches, elle susurra :

— Mère… est-ce vous ?… enfin…

— Non Aurya, c’est Syzran ! Te souviens-tu de notre marché ? Tu dois vivre !

— Enfin…

La lumière derrière ses yeux s’éteignit. Rhajohlin hurla, et des tourbillons de magie les entourèrent tous les deux.

Elle était aux portes du monde des morts. De toutes ses forces, il la retenait, mais sa volonté était trop puissante… 

Une idée traversa l’esprit du prince comme un éclair. Une seule chose pourrait la faire revenir… Il aurait souhaité garder ce secret pour lui un peu plus longtemps.

— Aurya ! Il y a une chance de faire revenir ta mère !

Rhajohlin fixa les yeux de la jeune femme. Une vibration infime agita le fond de ses pupilles. Gagné ! Il avait éveillé la dernière parcelle de vie qui l’habitait, l’ultime espoir refoulé très loin dans son esprit. Seulement, son corps blessé était trop faible pour accueillir cette âme renaissante. 

À grand renfort d’incantations, le Dräkan d’Or traça des runes. Soudain, un nuage blanc et noir sortit du corps inerte d’Aurya et se matérialisa dans l’air : la princesse Ehriny van Qvelahr de Niilarhn. Elle vint se déposer dans les bras du Dräkan et ouvrit les yeux.

— Que…

Rhajohlin la déposa doucement au sol et elle sursauta en découvrant un cadavre gisant sur le sol brûlant du volcan : le sien ; ou plus précisément : son apparence d’elfe. Ehriny regarda ses mains, elles étaient redevenues blanches comme la lune. 

Elle serra alors les poings et fit volte-face. Avec un ton amer, elle s’écria :

— Expliquez-vous maintenant ! Comment faire revivre ma mère ?

Rhajohlin baissa les yeux en marmonnant. 

— Je suis désolé, Aurya. Il est encore trop tôt, mais je n’avais pas d’autre choix pour…

— Expliquez-vous !!

— Cela ne fait pas partie de notre accord. Je dois feindre ta mort pour te permettre de retourner en Niilarhn et d’accomplir ta quête. Ta priorité est de vaincre ton père. S’il a été capable d’invoquer le Soythi, toi seule as les pouvoirs suffisants pour assumer ce fardeau. Nous reparlerons de ta mère le temps venu.

En un instant, Ehriny fonça sur sa rapière qui gisait près du corps du Soythi et la pointa vers Rhajohlin. Ce dernier fit apparaître une épée dorée et se mit en position de défense.

— Il est inutile de nous battre.

— Cessez de détourner la conversation ! J’ai accepté votre accord pour me venger de mon père définitivement et me séparer d’Erika. Si j’avais su qu’il y avait un moment de ressusciter ma mère, je…

— C’est bien pour cela que je ne t’en ai pas parlé avant.

La poigne d’Ehriny trembla sous la rage et elle fonça en avant en lâchant un cri déchirant. Elle lança quelques attaques précises, mais Rhajohlin les para toutes avec aisance. Elle s’arrêta alors pour reprendre son souffle.

— Vous vous servez de moi ! Depuis combien de temps ?

— Aurya, écoute-moi…

— Il n’y a plus d’Aurya !!

Rhajohlin soupira.

— Tout ce que je te dis, je le fais en parfaite honnêteté. Si tu ne pars pas achever ton père maintenant, les conséquences pourraient en être dramatiques. Tu risques même de perdre ta mère à tout jamais. C’est pour ton bien que je te cache cette vérité.

Ehriny sembla s’apaiser un peu et rengaina son arme. Après tout ce qu’il avait fait pour elle, elle pouvait lui accorder sa confiance une fois de plus. En avait-elle le choix, de toute manière ?

— Me promettez-vous bien que vous m’aiderez à retrouver ma mère une fois ma quête achevée ?

— Sur mon honneur, oui.

Ehriny acquiesça lentement. D’un air grave, elle désigna le cadavre qui gisait à ses pieds. 

— Apportez mon autre corps à Samara qu’elle pleure son amie. Quant à moi, téléportez-moi en Niilarhn. 

Le prince dräkan ferma les yeux et récita une dernière incantation. En quelques instants, Ehriny avait disparu de la surface de Venjèrn.

Rhajohlin resta un long moment interdit, pris au piège de cet ultimatum. D’un air solennel, il se pencha au sol et prit doucement dans ses bras le corps froid d’Aurya.

Qu’est-ce qui était le plus douloureux en cet instant ? Sans doute savoir que Samara serait inconsolable…

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